Pornapocalypse : pourquoi la mise à jour des règles de Tumblr fait tant parler d’elle ? 💩

S’il y a bien quelque chose qui a fait du bruit ces derniers temps (hormis les gilets jaunes quoi), c’est la modification des règles communautaires de Tumblr. Pour rappel, la plateforme a décidé de ne plus héberger de contenu pour adultes. La mise à jour est effective depuis lundi dernier, le 17 décembre. Ironiquement, c’était aussi la journée contre la violence faites aux travailleur·euses du sexe.

 

Source : Tumblr.

 

2018 année de la bite, qu’ils disaient 🙄

Nous voilà à l’aube de 2019. Et on ne peut pas dire que 2017 et 2018 aient été tendres avec les travailleur·ses du sexe, les artistes ou les différentes communautés marginalisées concernées par le contenu adulte.

Depuis des années, Facebook et Instagram suppriment les médias dans lesquels on aurait le malheur d’apercevoir un mamelon « de femme » (comprendre « avec une glande mammaire plus développée », j’imagine ?) ou des parties génitales. Plus récemment, Facebook s’est mis à filtrer les mots, à tel point que même jurer risque de devenir compliqué.

Source : Twitter.

 

YouTube shadow-ban (c’est-à-dire limite la visibilité en censurant les résultats de recherche, d’ailleurs je propose « bannombre » pour la version française au dictionnaire !) voire démonétise le corps et la parole des femmes, des personnes LGBTQI, des personnes produisant des contenus d’éducation sexuelle de manière générale sur la plateforme.

En juin, Patreon bannissait sans vergogne les créateur·ices de films / sites pornographiques ainsi que les sessions webcams, suite au refus catégorique des services de paiement, PayPal notamment, de contribuer à ce marché-là.

J’aimerais bien que 2019 soit l’année de la teuf (et des meufs !), mais je te cache pas que c’est plutôt mal barré.

 

Source : Twitter.

 

D’où ça sort cette mode de bannir le contenu adulte ? 🤷

Cette « mode », elle ne sort pas de nulle part, comme tu t’en doutes. Il se trouve que la célèbre loi SESTA-FOSTA, qui menace les propriétaires des sites sur lesquels de la traite sexuelle aurait eu lieu, a été votée plus tôt cette année, en mars. C’est probablement ce qui a poussé Tumblr, mais aussi Patreon, Facebook et beaucoup d’autres à revoir leur règlement ou à l’appliquer plus sévèrement.

Le problème, c’est que même s’il s’agit d’une loi américaine, la plupart des sites internet que nous utilisons quotidiennement viennent du pays de l’oncle Sam. Nous en sommes donc dépendant·es. De plus, cette loi inefficace ne sert qu’à réduire au silence et à l’isolement les travailleur·euses du sexe, qui ne pourront plus (ou difficilement) échanger en ligne.

Via Instagram.

 

Et quand il ne s’agit de la loi, ce sont les collaborateurs, les sponsors qui boycottent, parce que c’est bien connu, le sexe ça n’est pas sérieux. Comme je le disais plus tôt, PayPal et d’autres processeurs de paiement refusaient de financer des personnes travaillant dans le milieu de la pornographie et plus généralement du sexe. C’est la dure loi des annonceurs.

Pour revenir sur Tumblr, Apple avait brièvement retiré l’application de son AppStore et avait annoncé y avoir trouvé de la pédopornographie. Plutôt que de localiser l’infection, coupons la jambe.

 

Cacher la poussière sous le tapis 🤐

Faire comme si le sexe et la pornographie n’existaient pas, ça ne résout pas le problème. À croire que moins on en parle, mieux on se porte. Effectivement, si on ne reconnaît pas que ça va mal, alors tout va bien.

Plutôt que de combattre les communautés racistes, antisémites, homophobes qui trouvent refuge sur Twitter, Tumblr, Facebook ou encore YouTube, il est bien plus simple de blâmer le sexe. Et nos enfants alors ? Les nazis ok, mais pas les fesses, ça non.

Et si au lieu de penser qu’ils n’auront jamais affaire au sexe ou au porno et en leur cachant leur existence (spoiler : ça ne fonctionne pas, quoi que Marlène Schiappa en dise), nous leur enseignions comment le consommer et le pratiquer ?

 

Je m’inquiète pour les personnes LGBTQI, qui même sans parler de sexe se font facilement repérer par les algorithmes (coucou Youtube !). Je m’inquiète pour les gros·ses, qui dès qu’ils ou elles ont l’audace de montrer la moindre parcelle de peau, se prennent un rappel à l’ordre. Je m’inquiète pour les jeunes, qui plutôt que de tomber sur la diversité de ce que propose internet sur des plateformes accessibles, tomberont sur une compilation de cumshots sur fond de musique techno sur Pornhub, et uniquement ça.

 

Quels réseaux sociaux pour les travailleur·euses du sexe ? 💡

Ce n’est pas aussi simple qu’il paraît d’aller voir ailleurs si le téton y est plus montrable. Cette censure, puisque c’est le terme, compromet le travail créatif de communautés qui ne seraient pas mises en avant sur des sites pornographiques plus traditionnels. Pour beaucoup, Tumblr était l’unique (ou le plus efficace en tout cas) canal de diffusion pour leur travail.

J’ai vu beaucoup de créateur·ices migrer vers Ello, un réseau social dont la spécificité est d’être sans publicité. Seulement, Ello a très vite modifié ses règles, sûrement suite à la vague de nouveaux arrivants sur leur plateforme.

Source : Twitter.

 

Au final, il ne reste que peu d’endroits où le sexe a sa place au milieu des autres disciplines. Il y a bien Twitter, mais pour combien de temps encore ?

Quant à Reddit, si le porn y est autorisé, le fonctionnement n’y est pas du tout le même que sur Tumblr. On ne s’abonne pas à des personnes, à des entités, mais à des communautés. Dur d’y suivre le travail de quelqu’un en particulier, donc.

Respectivement, les logos de Reddit, Twitter et Ello.

 

Sortez les billets (à défaut des briquets) 💸

Même si je n’ai jamais été très active sur Tumblr, c’est là que j’ai appris que le sexe en ligne, ça n’était pas que les vidéos gonzo sur Pornhub. C’était aussi les GIFs, les textes, les modèles de nu, les performers alternatifs, le porno réalisé par des femmes, des personnes LGBTQI, des racisé·es. Et j’en oublie sûrement.

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1 Comment

  1. Mark Mitchell

    21 décembre 2018 at 10 h 22 min

    lecture très intéressante

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